Jarod Lanier By Canticle at en.wikipedia, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9074729

Sur l’internet le droit d’auteur remis en question

C’est l’enjeu de la bataille actuelle entre les GAFAM et l’Europe.

Google, 136,22 milliards de dollars de chiffre d’affaire annuel, Facebook, Instagram, Pinterest et d’autres plateformes numériques, refusent de verser le moindre pourcentage des revenus publicitaires colossaux qu’ils génèrent en agrégeant de la publicité aux contenus textes, photos et videos créés et produits par les sites de presse, les agences de presse, les blogueurs, les internautes etc.

Malgré une intense campagne de lobbying — à laquelle il se dit que Google aurait consacré 40 millions de dollars — doublée d’une pétition du Parti Pirate allemand signée par cinq millions d’internautes enjoignant aux députés européens de rejeter le droit d’auteur sur l’internet, une loi européenne a pourtant été votée le 24 mars 2019 à Bruxelles. Elle oblige les plateformes numériques à verser aux producteurs et créateurs de contenus une modeste partie de la manne publicitaire qu’elles engrangent, un « droit voisin » du droit d’auteur comme l’on dit en langage technocratique. En vain. Les GAFAM ne payent pas.

Les créateurs et producteurs de contenus visuels ou écrits, actuels ou futurs, doivent écouter ce qu’en pense l’un des fondateurs de la Silicon Valley, actuel directeur du laboratoire de recherches de Microsoft, Jaron Lanier. Il précise qu’il écrit en son nom et non pas en celui de Microsoft.

Ce qui est en jeu sur l’internet, nous dit-il en substance, ce que tentent d’imposer les GAFAM, c’est la gratuité du droit d’auteur.

La position, l’esprit critique et la liberté de ton de Jaron Lanier font de son discours le J’accuse de l’internet. Il s’est exprimé dans Billboard la veille du vote sur le Droit voisin, en adressant à Julia Reda, présidente du Parti pirate allemand UNE LETTRE D’AMOUR AUX SOI-DISANT PIRATES EUROPÉENS DE LA PART DES VRAIS PIRATES DE LA SILICON VALLEY dont voici quelques extraits.

Bonjour de la Silicon Valley! À l’approche du vote sur la directive sur le droit d’auteur, nous voulions remercier les Européens, en particulier les jeunes membres des partis pirates, d’avoir embrouillé la gauche afin de nous enrichir. (…)

(…) « Nous aimons pouvoir prendre vos données gratuitement. Cela nous permet d’exécuter des algorithmes personnalisés «d’engagement» et de «persuasion» qui vous rendent accros à nos services. Ensuite, nous faisons de l’argent avec des gens qui paient pour analyser vos comportements. Votre volonté d’adhérer à notre plan a construit la fortune la plus grande et la plus rapide dans l’histoire de l’humanité. Et le plus beau c’est que vous ne voulez même pas croire que vous êtes manipulés – alors vous, nos victimes, devenez nos meilleurs alliés. C’est une œuvre d’art » ! (…)

(…) C’est tellement parfait pour nous que les partis pirates pensent que payer les créateurs est une forme de censure, ou quel que soit leur dogme en ce moment. Éviter les paiements signifie de l’argent dans NOS poches, ici en Californie – de l’argent qui vient du futur de l’Europe. C’est que du bon pour nous! Nous devenons de plus en plus riches, et une tonne d’Européens progressistes pense que c’est génial ! (…)

(…) Vous voyez, nous autres plateformes technologiques géantes, sommes dans une course d’époque à l’intelligence artificielle. C’est la compétition qui nous motive vraiment. Pour prendre de l’avance dans cette course, nous avons besoin de tonnes de données, et c’est formidable de ne pas avoir à payer pour cela! En nous aidant à ne pas payer les créateurs et en protestant contre la directive européenne sur le droit d’auteur, vous nous aidez également à ne pas vous payer ! (…)

(…) nous ne soucions pas vraiment de savoir si nous devons payer les créateurs. Quand vous êtes aussi riche que nous, ce n’est pas si grave. Ce qui est plus important, c’est qu’en ne payant pas les créateurs aujourd’hui, nous préparons le terrain pour voler tout le monde de manière beaucoup plus importante demain. (…)

signé BIG TECH

Heureusement, Jaron Lanier ajoute un petit post scriptum à la fin de sa lettre:

P.S. En fait, nous ne sommes pas tous si mauvais, et si vous pouviez vous vider la tête, vous trouveriez des alliés dans le monde de la technologie qui veulent que vous soyez payés à l’avenir.
Cherchons qui sont ces alliés.

Thierry Secretan (edited)

Photo of Jaron Lanier By Canticle at en.wikipedia, CC BY-SA 3.0